Voici une partie de l'interview qui accompagne:
On l'appelle "Mr. Jackson"
Habillé de noir, Michel Jackson, confiant et sur de lui, dirige son équipe, donne des instructions à son enfant et ses camarades de jeu, derrière ses lunettes de lecture, posées sur son nez finement ciselé.
Des lunettes de lecture? Oui, Michael Jackson, divorcé deux fois et père de trois enfants, aura 50 ans l'an prochain - plus d'un quart de siècle après que ce sémillant jeune homme ait moonwalké sur la scène planétaire. Et même s'il a conservé cette silhouette de danseur et les gestes du Michael Jackson de l'époque Thriller, ces lunettes rappellent que le temps passe.
Au cours de cette interview et de ce reportage photo (les premiers réalisés aux USA depuis une dizaine d'années), le Roi de la Pop s'est posé avec l'équipe de Ebony magazine dans un hotel de New York City. Ce fut l'occasion pour lui de livrer un aspect peu connu de sa vie en tant qu'icône. Le commandeur d'un empire qui se chiffre en millions de dollars et l'artiste le plus doué - cela ne fait aucun doute - de toute une génération ne s'est pas exprimé publiquement depuis son procès et son acquittement en 2005. Mais aujourd'hui, il revient sur Thriller et les combats qui l'ont mené sur la scène internationale, en s'interrogeant- à voix haute - comment le temps a pu passer si vite?
Au cours de cette [inhabituellement] chaude journée d'automne, Jackson s'est mis à contempler le passé - c'est sa 7ème couverture "en solo" pour Ebony; il en compte 5 à son actif avec ses frères en tant que membre des Jackson 5 (la première datant de 1970). Il nous a parlé des ingrédients nécessaires à la création de Thriller - les premières maquettes furent enregistrées début 1982 avec sa soeur Janet et son frère Randy, chargés d'assurer les choeurs - tout en se posant des questions sur l'état actuel de l'industrie du disque.
En sortant Thriller sur le marché américain le 30 novembre 1982, les Etats Unis - et le monde - se trouvaient en pleine transition. Ronald Reagan était président, E.T. ravageait les salles de cinéma et Justin Timberlake avait tout juste 2 ans. L'Angleterre et l'Argentine se déchiraient dans le conflit des Malouines, le Dow Jones avait réussi à atteindre un pic à 1065.49 et Olivia Newton John avait placé son album Physical en tête des hit-parades.
Pendant ce temps Michael Jackson travaillait tranquillement en studio avec Quincy Jones. Il était sur le point d'écrire une page de l'HIStoire.
Depuis l'âge de 6 ans, Michael Jackson est une star internationale. Alors que la plupart des mômes regardaient Scooby-Doo, Michael travaillait et répétait les chorégraphies élaborées pour lui et ses frères, les Jackson 5.
"D'une certaine façon, Michael était comme un enfant. Et d'un autre côté, il était très sophistiqué", se souvient Walter Yetnikoff, président des disques CBS en 1982. "C'était un homme d'affaires avisé, qui lisait ses contrats comme tout bon avocat l'aurait fait; Mais en même temps, à l'époque, il était comme un bébé".
Aujoud'hui, la voix légère et aigue, parfois comparée à un chuchotement, a gagné en basses. Les traits fins sont désormais plus marqués. Ces traces du "Michael bébé" semblent avoir disparu. Son génie musical et son influence ne cessent de dominer le monde de la musique, 25 ans après la sortie de Thriller, l'album le plus vendu de tous les temps - avec près de 104 millions écoulés dans le monde dont 54 aux USA, et pas moins de 7 singles classés dans le top 10, dont 2 à la première place.
Mais cette difficile transition de la jeunesse à l'age adulte a marqué la star de différentes façons: des leçons tirées des expériences de la vie, quelques cicatrices et même une petite dose de sagesse. (...)
Interview:
Q: Concernant le processus créatif: est ce que vous planifiez les choses ou est-ce que cela venait comme ça?
R: Non, je planifiais certaines choses. Même si pas mal d'éléments sont venus de telle ou telle façon, consciemment, le projet était déjà conçu dans cet univers, et une fois que l'alchimie fait son entrée, alors la magie ne peut que surgir. C'est obligé. C'est comme rassembler certains éléments dans un hémisphère et voir la magie se produire de l'autre côté. C'est de la science. Et se retrouver là-dedans avec des personnes pleines de talent, c'est tout simplement merveilleux.
Quincy m'a collé un surnom, 'Smelly'. Steven Spielberg m'appelle ainsi également. A l'époque, il était très difficile de me faire dire des gros mots. J'en sors un peu plus aujourd'hui. Alors, quand je parlais d'une chanson, je disais qu'elle était 'smelly'. Cela voulait dire: "Elle est tellement bien que tu es totalement absorbé par elle". C'est pour cela qu'il m'appelait 'Smelly'.
Mais, oui, travailler avec Quincy était une chose merveilleuse. Il vous laisse expérimenter, faire votre truc, et il a assez de génie pour ne pas prendre le dessus sur la musique. Si un ingrédient doit être rajouté, il le rajoutera. Et il entend tous ces petits détails. Par exemple, pour Billie Jean, j'avais apporté la ligne de basse, la mélodie, et la composition globale. Après l'avoir écouté, il a placé un riff du meilleur effet...
On travaillait sur une chanson puis on se voyait chez lui. Nous écoutions le résultat, et il disait: "Smelly, laisse ce titre te parler". Je répondais: "Ok", Et il ajoutait: "Si la chanson a besoin de quelque chose, elle te le dira. Laisse la te parler". J'ai appris à faire ça. L'astuce est que pour être un bon compositeur, il ne faut pas composer. Il faut garder une distance. Il faut laisser de la place à Dieu. Et quand j'écris quelque chose et que je sens que c'est bon, je me mets à genoux, et je dis merci. Merci, Jehovah!
Q: Quand avez-vous eu cette sensation pour la dernière fois?
R: Et bien, tout récemment. J'écris constamment. Quand vous savez que c'est bon, parfois vous avez l'impression que quelque chose arrive... Comme une gestation, une grossesse ou quelque chose qui y ressemble. Votre sensibilité est à son maximum, et vous sentez quelque chose venir, et, comme par magie, c'est là! C'est une explosion qui produit un effet si merveilleux, vous faîtes: WOW! C'est là! C'est comme ça que cela travaille en vous. C'est très beau. C'est un univers qui vous montre jusqu'où vous pouvez aller, à partir de ces 12 notes...
[Il écoute une première maquette de Billie Jean, jouée sur un iPhone.]
... Quand j'écris, je fais un brouillon assez brut, histoire de me rendre compte à quel point j'aime le refrain. Si ça fonctionne sur moi alors que ce n'est qu'une version dépouillée, je sais que ça va marcher... J'écoute ça, le tout à la maison. Puis, Janet, Randy et moi... Janet et moi faisons les Whoo, Whoo... Whoo, Whoo..." Je fais ça à chaque fois, pour chaque chanson. C'est la mélodie... La mélodie est l'élément le plus important. Si la mélodie me plait, si la version brute fonctionne, alors je continue. Généralement, si ça sonne bien dans ma tête, ça rend bien une fois que je le matérialise. L'idée est de coucher sur bande la chanson et les sons que vous entendez dans votre tête.
Si vous prenez une chanson comme Billie Jean, la basse occupe une place majeure. Elle domine la chanson, c'est le [protagoniste] du morecau, c'est le riff principal qui saute aux oreilles. Capter la personnalité de ce riff et le faire sonner exactement comme vous l'envisagiez, cela demande beaucoup de temps et de travail. Écoutez, il y a 4 basses dedans, jouant chacune une personnalité différente, et c'est cela qui donne le personnage final. Cela demande beaucoup de travail.
Q: Un autre grand moment reste votre prestation au show télé MOTOWN 25....
R: J'étais en train de travailler sur Beat It, et il se trouvait que je m'étais installé au studio Motown - j'avais quitté Motown depuis plusieurs années. Ils s'apprêtaient à produire une cérémonie pour célébrer les 25 ans de Motown, et Berry Gordy est venu me demander si je voulais en faire partie. Je lui ai répondu 'NON'. J'ai répondu non car j'avais d'autres idées pour Thriller. Berry a alors ajouté: "Mais c'est pour les 25 ans de Motown..." J'ai réfléchi et voilà ce que je lui ai proposé: "Je le ferai, mais à une seule condition: je veux chanter une chanson qui ne fait pas partie de Motown'. Il a répondu: "Laquelle?", je lui ai dit: "Billie Jean". Il a accepté en ajoutant "Ok". Je l'ai repris: "Tu vas vraiment me laisser faire Billie Jean?" "Oui", m'a-t-il répondu.
C'est alors que j'ai réuni mes frères pour lancer les répétitions. On s'est mis à travailler notre numéro, en sélectionnant les chansons pour le medley. Mais pas seulement cela: il fallait aussi travailler les angles des caméras.
A suivre



